Alexis Bérar

Un havre

Je ne prospecte pas. Je n’explore pas. Je rends visite…

 

A des parcelles, des fragments de territoire. Des fragments de mémoire plutôt.

 

Après le grand  large c’est au Havre que mon grand-père pilotait… depuis la mer jusqu’au quai et vice-versa.

 

Avant “les boites”, la marchandise, ses couleurs, ses parfums, faisait corps avec les  hommes, nombreux. En face à face, hangar et navire , tous les corps du métier de docker sont là.

 

Le conteneur, “la boite”, une caisse métallique de 20 tonnes arrive avec son temps - celui des années 70, nouvelle méthode, plus rapide, plus mécanisée. Les hangars, quand il y en a, se trouvent à plusieurs kilomètres.  Cette « boîte » a provoqué l’abandon des ports historiques : petits bassins et docks, au profit de terre-pleins immenses et de ports profonds, capables d’accueillir des porte-conteneurs de plus en plus importants.

 

Le Havre, à l’instar  de toutes les  villes-ports s’est retrouvée au début des années 1980 avec des friches industrielles et portuaires, à proximité de son centre-ville. Au fur et à mesure du déplacement des activités industrialo-portuaires, ce territoire, jadis plein de vie, est devenu un espace en attente.

 

Faut-il voir dans la disparition du patrimoine portuaire et plus généralement industriel, dans l’essorage sémantique qui accompagne parfois sa réhabilitation, l’effacement de la mémoire ouvrière qu’il porte avec lui.

 

Cet ensemble de courtes séries, contrepoint de mon travail en montagne, rassemble des photographies prises entre 2008 et 2014. L’homme figuré n’y est présent que par la symbolique d’un poisson, prisonnier malencontreux d’un tuyau. Les photographies d’intérieur sont celles de l’ancienne gare maritime menacée de destruction. Avec sa disparition c’est la mémoire du port et de ses luttes qui risque de disparaitre aussi.